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Que dire à son enfant après une défaite ?
Par Yoon Namkung · Entraîneur de tennis & CEO, FiMH
L’enfant sort du court : il vient de perdre. Vous avez suivi la rencontre d’un bout à l’autre, repéré le moment exact où le match a basculé, sans pouvoir intervenir. Une longue heure de route vous attend désormais. Sur le siège arrière, un soupir alourdit l’atmosphère. Une question s’impose alors naturellement.
« Par où commencer ? »
Pourquoi la voiture est un terrain glissant
Interrogés sur ce qu’ils attendent de leurs parents en compétition, les jeunes joueurs de tennis donnent des réponses qui se ressemblent beaucoup : un soutien concret, un soutien affectif, et aucune analyse technique ou tactique juste après le match [1]. Même lorsque le constat du parent est juste.
Pourtant, la tentation est forte, et la liste des reproches et des conseils afflue immédiatement :
- Les jeux sur le téléphone et les grasses matinées de toute la semaine
- Le petit-déjeuner à peine touché
- Le deuxième service, trop peu travaillé à l’entraînement
- Ce point manqué qu’il ruminait encore quatre jeux plus tard
Retenir les erreurs plus nettement que le reste et vouloir les corriger à chaud est un réflexe parental — le nôtre aussi. Au volant, ce réflexe prend vite le dessus.
— « J’ai vu que ton épaule descendait au service, tu devrais… »
— « Maman, arrête. Je sais. Laisse-moi tranquille. »
Les 20 premières minutes : 3 principes
Les travaux sur le sport des jeunes insistent pour la plupart sur une répartition des rôles : au parent revient la création d’un climat où l’enfant se sent tranquille, à l’entraîneur la responsabilité de la performance [2]. Dans les vingt premières minutes qui suivent la défaite, trois choses valent la peine d’être dites.
Valider le vécu, pas le résultat. Une phrase simple comme « C’était dur, celui-là » suffit. Elle dit à l’enfant que quelqu’un a regardé, que la difficulté a été vue, et qu’aucune analyse ne vient maintenant.
Lui redonner le contrôle. Une question comme « Tu veux en parler, ou on mange un truc d’abord ? » lui rend son autonomie. Un petit choix rendu juste après une défaite compte plus qu’il n’y paraît. Ce sentiment de choisir soi-même fait partie des trois besoins psychologiques qui tiennent la motivation sur la durée ; les deux autres sont le sentiment de progresser (la compétence) et celui de ne pas être seul (la proximité sociale) [3].
Accepter le silence. S’il refuse d’en parler, l’échange n’est pas un échec : c’est même le signe qu’il a fonctionné. Un enfant qui sait qu’il a le droit de se taire est celui qui reviendra sur le sujet de lui-même.
Ce qui doit attendre un autre jour
Quatre sujets sont à laisser à l’entraîneur, ou à aborder plus tard, à tête reposée.
- La technique : la mécanique du deuxième service
- La tactique : le choix de jeu à 4-5, 30-40
- Les comparaisons : le parallèle avec l’adversaire battu le mois précédent
- Les reproches : tout ce qui commence par « Je te l’avais dit »
Ces remarques ne sont pas fausses pour autant. Elles n’ont simplement pas leur place dans la voiture, et exprimées à chaud, elles risquent de devenir la raison pour laquelle l’enfant ne parlera plus de tennis à la maison.
Valoriser l’effort plutôt que le talent
S’il n’y a de la place que pour une phrase, mieux vaut qu’elle porte sur l’effort fourni plutôt que sur le résultat.
En quoi un compliment comme « tu es doué » peut-il faire du mal ? Une expérience des psychologues Claudia Mueller et Carol Dweck donne une piste. Des enfants d’une dizaine d’années ont résolu une série de casse-tête, et ceux qui avaient obtenu de bons résultats ont été félicités de deux manières différentes : aux uns, on a dit qu’ils devaient être intelligents pour ce genre de problèmes ; aux autres, qu’ils avaient dû beaucoup travailler [4].
Les chercheurs ont ensuite comparé ce que les enfants choisissaient de faire ensuite et leurs résultats à la série suivante. Félicités pour leur intelligence, ils s’intéressaient davantage aux notes des autres qu’à une nouvelle façon de résoudre les casse-tête, et voyaient plus volontiers l’intelligence comme une donnée fixe. Félicités pour leur travail, ils ont tenu plus longtemps sur les problèmes difficiles et mieux réussi la série suivante [4].
C’étaient des casse-tête, pas un match de tennis. Reste que ce qu’un parent félicite peut devenir, pour l’enfant, la réponse à « quel genre d’enfant je suis ». La même différence se joue dans les mots prononcés juste après une défaite.
Axé sur le talent et le résultat, à éviter :
« Tu es doué, toi. Tu gagneras la prochaine. »
La phrase est gentille, et elle part d’une bonne intention. Mais pour un enfant qui vient de perdre, elle peut s’entendre comme une question : si je suis doué, pourquoi ai-je perdu ? Et « tu gagneras la prochaine » est une promesse qu’aucun parent ne peut tenir ; la fois suivante, elle revient en pression.
Axé sur l’effort, à privilégier :
« À 2-5, tu courais encore après chaque balle. Je ne sais pas si j’aurais tenu. »
Ce n’est pas une formule creuse. L’observation décrit une chose que l’enfant a vraiment faite sur le court. Ne pas lâcher quand le score s’en va reste vrai quel que soit le résultat, et c’est donc une phrase qui tient encore les jours de défaite. Elle désigne exactement ce que l’on aimerait revoir au match suivant.
En résumé : la feuille de route du retour
Au moment où la portière se ferme.
- « C’était dur, celui-là. » (reconnaître)
- « Tu veux en parler, ou on mange un truc d’abord ? » (rendre le choix)
- S’il parle : écouter, et une seule question ouverte. S’il préfère le silence : mettre de la musique.
- Tout ce qui est technique : un message à l’entraîneur, pas un mot à l’enfant.
Il sait déjà qu’il a perdu, et il sait à peu près pourquoi. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est si cette défaite a changé le regard de ses parents sur lui. C’est la seule question posée dans la voiture, et c’est à elle qu’il convient de répondre.
Références
- [1]Knight, C. J., Boden, C. M., & Holt, N. L. (2010). Junior tennis players' preferences for parental behaviors. Journal of Applied Sport Psychology, 22(4), 377–391. https://doi.org/10.1080/10413200.2010.495324
- [2]Harwood, C. G., & Knight, C. J. (2015). Parenting in youth sport: A position paper on parenting expertise. Psychology of Sport and Exercise, 16, 24–35. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2014.03.001
- [3]Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The "what" and "why" of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- [4]Mueller, C. M., & Dweck, C. S. (1998). Praise for intelligence can undermine children's motivation and performance. Journal of Personality and Social Psychology, 75(1), 33–52. https://doi.org/10.1037/0022-3514.75.1.33
À propos de l'auteur
Yoon Namkung · Entraîneur de tennis & CEO, FiMH
Yoon Namkung est entraîneur de tennis, titulaire des qualifications de coach GPTCA et ITF, et CEO de FiMH. Il a encadré plus de 200 joueurs juniors et adultes à la Jeongjinhwa Tennis Academy (JTA) à Séoul, et travaille aujourd'hui à Lyon, en France, pour les joueurs de tennis, les entraîneurs et les parents.
Tous les articles de Yoon NamkungCet article fournit des informations générales à but éducatif et ne constitue pas un avis médical ou psychologique.